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Categorie : Santé » Nutrition | Posté par : Gaby | Posté le : 24/09/2010 | Mis à jours le : 24/09/2010
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Mon Cercle
Je m'appelle Gaby, j'ai 21 ans et je suis étudiante. Je suis étudiante et anorexique.

Je sais que j'ai un problème. Je l'ai toujours su mais je préfère ne pas le considérer comme un problème. Je mets tellement de conviction à me dire que ce n'est pas un problème et que je suis simplement comme ça, que même moi j'y crois... Parfois...
Ca fait 6 ans que je vis dans ce cercle vicieux. Parfois je maudis ce mode de vie, cette façon de penser, parfois je m'y réfugie comme si c'était ce que j'avais de plus cher... Ce qui me constituait MOI. Ma vie est dualité. Ma vie est régie par l'alimentation. La nourriture est mon monde. J'envie les gens qui arrivent à avoir ce rapport simple avec la nourriture... "J'ai faim! Je vais me chercher un truc à manger". Moi la faim je l'ignore, je ne sais même plus qu'elle existe... Je ne sais même plus vraiment ce qu'elle est je crois. Et trop de règles, de barrières dans ma tête m'empêche de simplement manger quand bon me semble.

Mes peurs: des repas dits "normaux et équilibrés", les restaurants, manger devant des gens, les repas de famille...

Je suis dans l'éternel recommencement: des bonnes résolutions, "je vais faire attention"mais rien n'y fait depuis 6 ans que mes troubles ont commencé et je me lasse simplement, je suis blasée, je me dis que c'est peut être ma vie et c'est tout. Je mets vraiment de la volonté pour m'en sortir mais je n'y arrive pas. Et j'ai peur. Pas tellement pour moi parce que sincèrement je m'en fiche pas mal de moi... Je sais que je me fais courir des risques, je sais que je me mets en danger, mais je ne peux pas faire autrement. J'ai peur, j'ai peur qu'on me laisse encore une fois toute seule dans ma galère. Moi je ne m'aime pas, ok, mais si en plus personne n'est là pour moi, à quoi sert mon existence? Je ne demande pas grand chose... Juste qu'on ne me laisse pas tomber cette fois. Même si je vais détester la personne sur le moment puisqu'elle m'obligera à me bouger et à faire ce qu'il faut pour moi même... Mais au moins quelqu'un aura été là.

Mon histoire est simple. J'ai commencé par une anorexie mentale de type restrictif il y a 6 ans. Je suis passée en 1 an de 62kg à 37kg. Pendant un an je me suis fait subir tellement de chose... Mais j'ai eu la force de continuer, la force de ne pas tomber, de ne pas m'écrouler. Mes journées: cours le matin, CDI le midi (pour éviter de parler aux autres, ne pas manger, et travailler mes devoirs bien sûr, je suis évidemment très scolaire), cours l'après midi et retour à la maison. La journée je ne mangeais pas du tout puisque personne ne me surveillait. Le soir, presque tous les soirs, je mangeais avec ma famille, parce que j'y étais obligée. Mais j'ai vite appris à faire durer une tranche de jambon et à cacher mes frites pour ne pas les manger ou autre... Je ne mangeais donc presque rien dans une journée. J'allais me coucher tous les soirs à 21h, j'étais vidée. Bien sûr avant de dormir il fallait que je fasse mes 100 abdos au moins. Et mes nuits étaient catastrophiques... Crampes, fourmis partout, froid constant. Le froid est une des pires sensations que j'ai du endurer pendant cette année: l'impression d'être constamment glacée à l'intérieur comme l'extérieur. Mais je perdais du poids donc tout était parfait. A un certain moment je ne voulais plus vraiment maigrir je crois mais je me sentais quand même tout le temps coupable dès que je mangeais quelque chose qui ne soit pas un fruit ou un légume et donc je maigrissais. Et quand j'avais vu sur la balance que je pouvais descendre jusqu'à ce poids je ne voulais plus reprendre. Donc je continuais à descendre.
Pendant cette année, je devais aussi faire attention à ne pas être malade ou trop malade parce que je savais très bien que le médecin m'aurait forcée à aller à l'hôpital et je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas causer des soucis à mes parents. J'ai sûrement eu tort...

Un jour ce n'était plus possible: je devais passer mes premières épreuves du bac et je n'arrivais vraiment plus à réfléchir. Je ne pouvais pas supporter le fait d'échouer dans ma scolarité. J'étais habituée à être la première de la classe. Alors j'ai mangé. Et bien sûr... J'ai mal mangé. En 1 mois j'ai pris 10kg, ce qui m'amenait à 47kg. Je savais que ce n'était pas un poids énorme, j'étais toujours en dessous de la norme mais je me rendais bien compte que je mangeais mal. Je fonctionnais par crise. Et c'est comme ça que j'ai commencé à être boulimique.

Sortir de l'anorexie n'a pas été chose facile. Je m'en suis sortie seule. C'est dur vraiment de se dire que personne n'a été là... Peut être que les gens se sont inquiétés pour moi mais personne n'a rien fait. Je ne pense pas que j'aurais pu continuer comme ça très longtemps... Que se serait il passé alors? Vivre avec cette idée que personne n'aurait levé le petit doigt pour moi alors que ma souffrance était plus visible à été une épreuve... l'est toujours...
En 3 mois j'ai atteint les 70kg environ il me semble. Je ne sais pas si on peut vraiment se rendre compte... s'imaginer le mal que ça fait... Surtout de voir la réaction, le regard des autres. C'est dur. Il faut encaisser les réflexions, répondre aux questions... Faire semblant. Alors j'ai affronté. J'ai fait semblant que j'étais redevenue moi même. Je ne mentais pas vraiment... Je ne crois pas... Parce que je voulais vraiment y croire moi aussi. Mais je ne savais pas et ne sais toujours pas ce qu'est ce "moi même".

Ensuite je suis partie un an aux USA en tant que fille au pair. J'ai vécu une année fantastique. La bas, j'ai eu l'impression qu'on me voyait telle que j'étais et j'ai reçu des enfants tout l'amour dont j'avais besoin. Loin de tout et tous pendant un an! Mes troubles ont continué. J'ai atteint près de 90kg. Je faisais très régulièrement des crises. En quelques minutes je pouvais manger tout ce que je trouvais. Si possible le plus sucré et plus gras possible. Je ne vomissais rien. Et je m'en fichais pas mal. J'étais ok je crois. Pas à l'aise dans mon corps et pleine de complexes mais je l'ai toujours été. Mais je me fichais de ce qu'on pouvait penser de moi et si je voulais me gaver je le faisais simplement.
Je suis rentrée en France, dans ma famille. C'était en février, je devais attendre septembre pour reprendre les études. J'ai repris les habitudes alimentaires de ma famille et j'ai perdu pas mal de poids. Je mangeais moins. Je recommençai à sauter des repas quand je n'avais pas le choix mais je mangeais plutôt normalement. Je suis retombée à 75kg. Mes parents m'ont alors avouée qu'ils m'avaient trouvée bien forte quand j'étais rentrée des USA. Des petites réflexions... Mais qui marquent.

Septembre... Enfin, la rentrée! J'avais hâte d'apprendre, d'étudier, de me former. La vie étudiante m'a totalement séduite. La fac est mon endroit préféré. Je recommençai à apprendre, je lisais, me cultivais. Et je vivais ma vie seule et tranquille. Mais bien vite les mauvaises habitudes m'ont rattrapées. Je me suis mise la pression pour être parmi les meilleurs si ce n'est la meilleure de la promo. En stressant, en me mettant la pression, je n'ai plus mangé. Comme si je ne pouvais pas réussir mes études si je perds du temps à manger. Comme si le fait de ne pas manger me permettrait de contrôler mes études. Je me ré-infligeais ces souffrances. J'y reprenais goût. Le vide à l'intérieur. J'ai perdu 10 kg. Puis ma mère a fait une tentative de suicide (oui, histoire de famille lourde) et je me suis dit que c'était juste trop bête de gâcher sa vie avec ce genre de soucis, que je me créais moi même qui plus est. Un souffle de carpe diem sûrement. Alors j'ai remangé. Mais encore une fois très mal. Je faisais un repas par jour. Et je le crachais petit à petit à petit. Et j'en arrive à aujourd'hui...
Maintenant je procède par crise. Je fais une crise. J'essaye de cracher le plus possible ce que je me suis gavée et je jeun... Jusqu'à la crise suivante. Et je me dis toujours "c'est fini, il faut que ça s'arrête, tu peux pas continuer comme ça", mais je n'y arrive pas...
Je m'estime heureuse aujourd'hui de ne pas reprendre du poids (en tout cas pour l'instant) parce qu'une crise... c'est vraiment horrible. Je mange tellement et si vite... Que du sucré. Ensuite, bien sûr la culpabilité me ronge. J'essaye d'établir une série de bonnes résolutions. Après tant de tentatives, je n'y crois plus tellement. Je suis sans conviction et je me résigne. "Peut être que ça doit simplement être comme ça pour moi".
Je suis sincère quand j'essaye de m'en sortir. J'y mets de la volonté. Mais je suis dualité. Je vais le vouloir vraiment fort mais en même temps je ne peux pas m'en défaire... C'est MA sécurité.

Je ne sais pas si un jour je m'en sortirais... Je ne sais même pas si j'ai le force d'y croire. Et pourtant je ne suis pas du genre défaitiste. Mais je fatigue...
L'anorexie et la boulimie sont des maladies. Je sais que je suis malade. Je ne peux pas supporter les gens qui en rient ou jugent sans connaître. Pour connaître vraiment il faut être passé par la.

Je n'ai pas beaucoup d'estime, de respect pour moi. Mais je ne suis pas bête et je suis très lucide. Mon témoignage n'est peut être ni utile ni intéressant mais il m'a peut être soulagé un peu. Encore un de mes essais pour me délivrer, trouver une solution... casser le cercle infernal qu'est ma vie.
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